août 2009
Norvège
Le 20 août 2009 - Norvège - Région des fjords
A l’aube du 6 Août, ZERO touche les eaux Norvégienne.
Le pays où la montagne prend la mer sera le havre de ZERO pour une année.




Out Skerries : En attente des conditions favorables pour la traversée vers la Norvège sur la plus orientale des Shetlands. A cette latitude (60 ème), les vents dominants en été sont d’Est. Une tendance Sud étant la bienvenue, nous patientons 2 jours sur cette île, battue par les vents, occupée par 2 dizaines de maison, quelques moutons et des milliers d’oiseaux.
Sur la carte, un chenal étroit mène à une baie protégée de tous les vents mais la précision est très sommaire. A l’intérieur du bassin, nous y allons au jugé, mais alors que le sondeur indique 2 mètres, j’ai la vague impression qu’un marteau piqueur attaque le pont à mes cotés. En effet, le sondeur est passé brutalement à 1,10 m. Premier contact avec la terre ! Sur l’élan, ZERO glisse vers une zone plus profonde, en direction de Fredoya, le voilier des copains du Vercors.
Ils nous attendaient pour nous faire déguster des steaks de baleine, conservés dans leur congélateur. Johanne et moi étions déjà initiés, c’est une première pour Phil et Lionel. C’est une viande très rouge, presque noire, de la consistance du filet de boeuf, une vague saveur de thon. En Norvège, la pêche à la baleine n’est pas interdite et les pêcheurs respectent scrupuleusement les quotas imposés par le gouvernement. Ici, critiquer cette chasse est tabou. Même les écolos sont susceptibles sur ce sujet. Imaginons que le monde entier décrète un moratoire sur la chasse à la grenouille ou l’interdiction totale et définitive du fromage au lait cru. L’espèce est probablement moins menacé, d’une part, et la problématique légèrement différente, d’autre part, je le concède mais c’est une affaire de principes ! Une tradition représente un élément sacré, un ciment culturel, parfaitement discutable mais dont l’existence est incontournable.
Après ce repas de fête, Ils nous quittent le soir même en direction des Lofoten, le vent étant de Sud-Est. Moins favorable pour nous, qui somment lassés des allures de près.
Au cours d’une balade vers la pointe Sud de l’île, je tente de traverser une colonie de sternes, dont le vol chaotique rappelle celui de l’hirondelle. Ceux-ci n’apprécie pas vraiment mon intrusion. L’union fait la force et leurs attaques en piqué accompagnées d’un cri strident m’imposent une retraite honteuse. J’allonge ma route et quitte leur territoire précipitamment.
Lors des deux promenades effectuées sur cette île solitaire, nous n’avons rencontré pratiquement personne et la météo était clémente. Où sont passés les habitants ? Le mystère restera entier. J’ose à peine imaginer l’ambiance hivernale.
Out Skerries
La traversée vers Bergen (170 miles) est expédiée en 23 heures, au près bon plein avec un Sud-Est, 5/6 beaufort. Slalom nocturne dans un banc de plates-formes pétrolières.
Le parcours détaillé de ZERO autour de Bergen
Notre premier mouillage est une baie au coeur d’une constellation d’îlots au dos rond, un banc de tortues de granit blanc polis par l’océan. Nous passons une nuit d’une tranquillité absolue, incrustés sur une flaque lisse et scintillante,
Narøy.(60° 29. 4 N, 004° 53.6 E)
Cet archipel forme une barrière qui fait écran entre la mer du Nord et la côte montagneuse, vieux massif granitique, creusé de fjords escarpés, autant de profondes entailles. Les sommets ont des formes douces et molles alors que les pentes sont raides et plongeantes. Verticale, la roche est brute, sinon tapissée de mousses, fougères, lichens, piquetée de bouleaux, de pins, d’épicéas.
Nous nous accordons quelques jours de mouillages sauvages avant les retrouvailles avec Marie à Bergen.
Dans le Herdlefjord, Berland
Berland (60° 31.7 N, 005°02.6 E)
Puis trois jours pour parcourir le tour de Osterøy, une « île », où plutôt, une montagne cernée par un bras de mer, l’Osterfjord
Dans les fjords, préparer sa navigation consiste essentiellement à vérifier la hauteur des ponts et des lignes à haute tension. Depuis l’ « oubli » de Bangor au pays de Galles où une mauvaise lecture de la carte (heureusement sans frais) nous a entraîné sous une ligne signalée à 22 mètres de hauteur alors que notre tirant d’air est de 22 m 50 , nous multiplions les précautions.

Nordvik (60°41.1 N, 005° 40.2 E)
Sur ces reliefs où toutes les nuances du vert se déclinent, les maisons cossues en bois peint, elles, sont brun rouge, jaune, bleu marine, gris clair. A l’origine, la couleur rouge proviendrait d’une teinture à base de sang de boeuf. La tradition est restée. Nous jetons l’ancre à quelques mètres du rivage à Nordvik , un hameau au fond d’une échancrure. Comme partout, la montagne plonge à pic dans la mer. Il n’est pas rare de trouver plus de 100 m de fond à quelques mètres de la rive.
Joli ballade dans un univers végétal de mousses, de fougères, de pins et de bouleaux. Framboises et myrtilles abondent.

Bruvik (60° 28.7 N, 005° 41.1 E)
Premier passage à Bergen pour récupérer Marie. Rencontre avec un Swan 60, skipper par Charles qui l’a convoyé depuis Nice pour les propriétaires, un couple d’anglais. Nous nous découvrons une relation commune aux Antilles. Etonnant non ?
Passons 2 nuits dans le centre ville, à coté du quartier historique. Les maisons en bois sont toutes de guingois, le quartier s’enfonçant doucement dans la mer. La ville, très aérée par de nombreux parcs, bourgeoise, presque luxueuse, respire l’aisance et grouille de touristes plastifiés dans des housses étanches. C’est la ville la plus arrosée de Norvège et quand il ne pleut pas, il bruine, il crachote, il pleuvote. J’exagère sûrement un peu mais à peine. Le norvégien de souche ne lâche jamais son parapluie alors que le pélandron, autrement dît le touriste, lui navigue dans le provisoire, une espèce de cape de pluie de préférence fluo. Quant à moi, le pépin chinois acheté une livre au pays de Galles, dont on m’avait prédit une ouverture unique, est toujours en vie et me positionne dans un espace intermédiaire.
Bergen
Repartons avec pour objectif Sundall, vers le sud, pour une marche vers un glacier. Cheminons dans des chenaux parfois très étroits. Un beau mouillage entre la côte et un îlot, où nous troublons peut-être la tranquillité d’un couple de robinson locaux arrivé en canot à moteur dans leur cabane. Nous rencontrerons souvent des maisons isolées, perchées sur un promontoire, avec juste un quai, pas de route. Montagne et mer, pas de fioritures.

Terøy (59° 59.1 N, 005° 45.3 E)
Puis Sundall, devant le camping, sur un petit ponton en bois vermoulu, avec pour voisins des camping car à roue, occupés par des moustachus bedonnant
Sundall (60° 07.1 N, 006° 16.1 E)
Avec Johanne et Lionel, nous attaquons notre première course en montagne jusqu’au Folgefonn, le 3éme glacier de Norvège en superficie. 1400 m de dénivelé. AR en 7 heures avec les escales. En haut, 5 degrés au dessus de zéro, du vent, de la pluie, de rares éclaircies, un beau temps de saison quoi ! La trace chemine sur une crête rocheuse surplombant le glacier, bleuté et frangé de traînée rose, poussière de granit, jusqu’au refuge de Fonnabu. Ceux-ci sont à l’image du pays, parfaitement entretenus, équipés de l’essentiel et même plus. Nous sommes en fin de saison et l’intérieur exhale le neuf, un petit poelle à bois, quelques buches soigneusement empilés, le plancher et le lambris en pin clair, un réchaud avec du gaz, de la vaisselle, l’ermitage parfait pour une retraite spirituelle. Même sous l’emprise de drogues, je ne pourrai imaginer une situation identique dans nos contrées barbares du sud. A la descente, cueillette de quelques bolets.

Vers le Folgefonn - Sundall
Retour sur Bergen par un mouillage au fond d ‘une échancrure particulièrement tarabiscotée, où Lionel nous pèche une belle morue, le premier poisson mangeable digne de ce nom alors qu’une méduse dessine une savante chorégraphie.
Landrøy (59° 59.4 N, 005° 23.6 E)

Arrivée à Bergen, un samedi soir. Les pontons sont archi pleins. De nombreux équipages viennent passer la soirée en ville et, le taux d’alcoolémie n’étant pas encore contrôlé en mer, alors que sur la route la tolérance est nulle, ils en profitent grassement.
Nous nous « accouplons » avec un swan 90 (10 Millions d’euros). Accueil glacial du proprio en short Lacoste et veste Musto, qui nous demande si nous avons des pare-battages (???), si on a demandé à la capitainerie, si on peut se déchausser pour ne pas souiller son p... de pont en teck,.... Heureusement, l’équipage est beaucoup plus accueillant et lui évite ainsi divers désagréments, surtout, que les bouchons de ses pare-battages semblent du même format que ceux de mon canoë, dont j’ai égaré un exemplaire il y a 2 mois.
Acquisition d’un filet à poisson. Nous faisons la connaissance de Damien, médecin pédiatre français installé à Bergen depuis 20 ans. Il nous recommande un emplacement pour hiverner ZERO, un ponton, à quelques km de l’aéroport. Départ le lendemain de Johanne et Lionel. Nous repartons aussi sec en direction de Sognefjord (le plus long de Norvège)
Mouillage a Byrknesøy, dans une baie très protégée, sauvage et déserte.

Byrknesøy (60° 51.9 N, 004° 54.8 E)
Belle ballade pour moi jusqu’au sommet de l’île, après un cheminement tortueux, compliqué par la présence de nombreux marécages, dans un nuage de moustiques. Le dénivelé est modeste : 194 m mais la marche d’approche complexe et éreintante. Quelques réflexes se développent et le mode d’emploi du terrain commence à se dessiner. Les mousses : à éviter car épaisses (très) et gorgées d’eau, les touffes d’herbes : plutôt casse-gueules car instables et grêlées de trous parfois profond, la bruyère : pas mal car souvent sur une base rocheuse. L’équipement idéal : des bottes et des bâtons.
Du sommet de ce relief isolé, l’oeil porte loin et j’y passe un moment à rêvasser.
C’est dans ces moments de solitude, immergé dans un espace immense, sans dimension palpable, que je retrouve une paix intérieure trop souvent fugitive. La vie a besoin de mouvements et d’incertitudes, d’inconnus prometteurs, pour retrouver de la saveur. Je m’y plonge avec délectation.
Byrknesøy
Le soir Phil et Marie pose notre filet (à hareng : c’est écrit sur l’étiquette) et le récupère le lendemain grouillant de poissons : 9 maquereaux, 20 harengs, quelques poissons sans nom. Considérant que le poids total est de 15 kg pour 22 heures, ce qui nous donne environ 700 grammes à l’heure. Il va falloir optimiser la récolte. Pour la prochaine fois, une heure et demi devrait suffire. L‘après-midi, atelier découpe pour nos apprentis poissonniers. Le lendemain, effluves nauséabondes rabattues par un vent tourbillonnant, genre fermeture de la halle aux poissons à Marrakech. On a du en oublier un quelque-part ! Mais ou ?
Fifi, requinqué par cette pêche monumentale, ressort sa canne. Est-ce la motivation ? Toujours est-il que les résultats sont beaucoup plus probants. Ou s’ arrêtera-t-il ? Nous remplissons la cale arrière de gros sel pour améliorer le stockage.
Jusqu’à présent, nous n’avons navigué pratiquement qu’au moteur. Dans les fjords, le vent, quand il y en a, est en général de face (?!?), du moins en notre présence. Nous passons 3 jours à Byrknesøy, le temps de laisser filer le coup de vent de sud, qui nous amène une canicule relative (26 °) et des rafales à 40 Nds. Le matin du troisième jour, les coups de vent s’espacent et baissent en intensité. Nous en profitons pour nous extraire et rejoindre à quelques miles Eivindvik.
Mauvaise surprise : la courroie de l’alternateur 24 volts a explosé. Un ponton nous accepte devant ce petit village bien sympathique. Après quelques renseignements, il semblerait qu’un atelier de mécanique puisse nous dépanner. Il est situé à 2 miles et Philippe, d’un jet d’annexe (dite « Zirohouane »), récupère une courroie de rechange.
J’ai révisé depuis déjà un moment mon opinion relative à la froideur des Norvégiens. Nous sommes accueillis partout chaleureusement et le contact avec les autochtones est finalement très facile.

Eivindvik (60° 58.8 N, 005° 04.6 E)
Afin de tester l’aspect camp de base itinérant de ZERO, je projette une rando en aller simple avec des retrouvailles dans un fjord plus loin sur la route, à Rutledal, plus précisément. Sur une mauvaise photocopie d’une carte au 60 000 ème, un itinéraire semble réalisable. Je décolle tôt le matin accompagné d’un rayon de soleil. Rendez-vous avec Marie et Philippe, le soir, à l’entrée du Sognefjord, une quinzaine de km à vol d’oiseau. Tout se présente bien : du presque beau temps et, sur le papier, la voie semble facile : navigation sur les crêtes à 700 m d’altitude La réalité s’est avérée beaucoup plus complexe. D’abords, la météo : en altitude, le vent est nettement plus puissant, puis la pluie est vite arrivée, suivie de grêle. Quant au terrain qui semblait plat sur une vue aérienne, parlons-en ! Il s’est avéré être une succession de lignes de crêtes séparées par des canyons, parfois difficilement franchissables. Le rocher détrempé est extrêmement glissant, et les petites plaines, marécageuses. Je n’ai jamais vu l’ombre d’une trace, seulement de temps à autre un cairn, et d’humains, point non plus. La redescente a été épique, dans une jungle saturée d’eau, avec la crainte de butter sur une paroi infranchissable. Résultat : après 10 heures de marche quasi ininterrompue (une pause casse-croûte bâclée pour cause d’attaque conjuguée de centaines de moustiques), je retrouve ZERO au point convenu, fatigué, imbibé d’eau mais heureux. Pour la prochaine, je mettrai la barre un peu moins haut.
Y-aurait-il comme une arnaque. Sur tous les prospectus claironnant les joies de la randonnée dans les fjords, un couple de blondinets en short pose devant un décors grandiose illuminé par un ciel d’un bleu immaculé. De blondinette point, en short encore moins et quant au ciel pur ? un dixième de ciel bleu pendant une heure est déjà une bénédiction.
Rutledal (61° 04.3 N, 005° 11.1 E)
Puis, nous nous enfonçons dans le Sognefjord, le plus long de Norvège (200 Miles, 1200 m de fond au milieu).
Mouillage à Ortvenik, coté sud du Sognefjord. J’y fais la connaissance d’un habitant, bâtisseur et sculpteur sur bois. A nouveau, une belle ballade en solitaire jusqu’à un col enneigé. Cueillettes de girolles pour Marie et Philippe.

Ortnevik (61° 06.7 N, 006° 08.2 E)
Encore une étape jusqu’à Vik, à mi-distance du fond du fjord. Depuis quelques jours, il ne pleut presque plus. Une petite averse nocturne, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes. Vik, « une vraie ville », ne présente pas beaucoup d’interêt. Nous nous scotchons à un vieux pontons, aux planches vermoulues et disjointes. La curiosité : une église du 12 ème siècle (1140), érigée au tout début du christianisme. Construite en bois debout, elle est parfaitement conservée. Comme quoi, le bois est un matériaux de construction sur lequel on peut compter.
Vik (61° 05.4 N, 006° 35.1 E)
Après 2 nuits à Vik, nous ressortons du sognefjord d’une traite, avec le courant pour une fois.
Le dicton du jour « Qui touche l’antenne, voit sa peine » . En effet, dans notre quête du mouillage parfait, le coeur plein d’audace, nous tentons une baie fermée accessible par un étroit chenal, au pied d’une falaise granitique. Une ligne électrique signalée à 23 m pourrait nous en interdire l’accès. Mais « Qui ne tente rien n’a rien ». Philippe et Marie, courageusement réfugié sur le caillebotis en bois, m’abandonnent à la barre. Et c’est, avec un doux frisson me parcourant l’échine, que je vois l’antenne amorcer une légère courbe, au passage de la dite ligne. Chtong ! C’est passé !
Nous nous amarrons à un ponton libre au fond de la baie. La marée était au plus haut. Notre tirant d’air , antenne incluse, est donc de 23,20 m. Pour la sortie, nous attendrons la marée basse. Joueur mais pas trop quand même !

Riesnes (61° 08.9 N, 005° 11.03 E)
Nous invitons le propriétaire du ponton et de la plupart des maisons alentour à venir boire un coup. Il nous annonce pour le lendemain une belle météo avec un grand soleil, et une alerte pluie pour le surlendemain. Plusieurs promenades sont envisageables et je prépare fébrilement un plan d’attaque.
Au petit matin, il tombe des trombes d’eau. Le plafond est descendu à 100 m d’altitude. C’est la Norvège ! Changement de programme, donc, et retour sur Bergen.

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Jusqu'aux Shetlands
Le 1 août 2009 - Jusqu’aux Shetlands
A Lerwick (Shetlands) pour quelques jours, le temps d’un changement d’équipage, je reprend mon vieux mac pour vous narrer les dernières « aventures » du ZERO.
Fair Isle - Shetlands
Le parcours de ZERO De La Rochelle aux Shetlands.
BRETAGNE SUD
Nous quittons donc La Rochelle tout début Juillet avec le sentiment moelleux du devoir accompli. Le test de stabilité s’est bien passé et nos petits problèmes électriques sont en cours de résolution. En fait, le problème est clairement identifié : l’alternateur ne délivre que 27 volts au lieu des 28 escomptés. La solution consiste à remplacer le régulateur existant par un modèle doté d’un potentiomètre. A suivre ...
Les parents de Philippe, venus passer quelques jours, nous approvisionnent en produits de leur jardin.
Pornichet - Nous retrouvons Damien, le constructeur des appendices (dérives et safrans) qui nous rejoint pour quelques ronds dans la baie de Pornichet. La nuit : mouillage derrière un banc de sable qui non content de la faible protection apportée génère un système croisé de houle plutôt inconfortable. La nuit est mise en musique par un émule de Pierre Henry : grincement, couinement, craquement. Je double l’épaisseur de boules Quiès.
Lorient - Nous tirons des bords toute la journée le long d’une côte sablonneuse et plate donc ennuyeuse. A l’entrée de la rade de Lorient, le moteur ne veut d’abords rien entendre puis finit par démarrer alors que nous échafaudons des scénarios improbables. Le phénomène s’est déjà produit aux deux derniers démarrage et mérite une intervention. Nous passerons une journée à alterner euphorie d’une pseudo-victoire avec l’amère déception d’un échec lui réel, ponctué par les coups de fil au représentant Nanni, qui nous promet, à chaque appel, son arrivée dans les 5 minutes.
Hervé ainsi que Thierry et Sophie, qui nous ont rejoint, participent tant bien que mal à cette quête, peu motivés par l’idée de passer une partie de leur vacances à Lorient. Le mecano débarque le lendemain et identifie la panne, après lui aussi, s’être gratté profondement le crâne. C’est l’Electro-vanne.
Concarneau : appontage devant les eaux usés de la ville sur un vieux ponton pourri mais gratos; récupérons l’electro-vanne. croisons Veolia. au près comme d’habitude.
Ouessant - A proximité de l’île de Ouessant vers midi, une envie de fruit de mer nous vient soudainement. Un petit coup de barre à tribord et nous mouillons devant le village de Ouessant. La Recouvrance, réplique du bateau de Surcouf, vient jeter l’ancre à nos cotés alors que nous dégustons notre assiette de fruits de mer dans un des restaurants du village. C’est, repus, le corps ramolli et l’esprit apaisé que nous reprenons notre route vers le nord. En 16 heures, nous parcourons les 120 miles qui nous séparent des îles Scilly.
Arrivée à Ouessant
MER D’IRLANDE
Iles Scilly - A l’aube, du vent, de la pluie, du brouillard, tous les ingrédients d’un atterrissage en douceur sont réunis. Nous nous glissons en douceur par un chenal compliqué jusqu’au mouillage. La végétation méditerranéenne voire subtropicale témoigne d’un climat étonnamment doux : gulf stream oblige. Toute la journée, une pluie battante se charge de dessaler le Zero, qui en a bien besoin. Nous explorons sommairement les alentours à tour de rôle, engoncés dans notre combinaison étanche. Je me sens un peu ridicule, botté, le col de la parka bien serré sur deux couches de polaires alors que les touristes locaux, le teint rose, gambadent en short, tongs et t-shirt, un peu comme un manchot égaré parmi une bande d’aigrettes.
Nous appareillons au petit matin poussé par un bon vent de sud-ouest pour une longue étape jusqu’à Anglesey au pays de Galles. La houle résiduelle du coup de vent de la veille est régulière et profonde. Nous parcourons les 220 miles en 36 heures d’une navigation facile.
Anglesey - Un canal naturel sépare l’ile de la côte. Thierry et Sophie nous quittent, remplacés par Dom, Pierre et Brigitte. La carte donne un tirant d’air maximal de 26 mètres. Zéro, avec son mat de 21 mètres, est éligible donc feu ! Au passage du premier pont, nous découvrons non sans une certaine angoisse la présence de lignes à haute tension. Nous passons la tête en l’air le coeur serré puis les rapides, qu’un rétrécissement du chenal laissait présager, nous entraîne dans une folle cavalcade, avec l’impression de descendre un torrent à bord d’un kayak de 60 pieds.

La petite ville de Bangor marque la sortie de cette « traversée », où les moutons du large ont été remplacé par de grasses tarines ou charentaises broutant une herbe vert fluo. Les castles se succèdent, sombres et austères.
50 miles nous séparent de l’Ile de Man où nous atterrissons à Port st Mary pour une courte escale nocturne. Du portant et du vent (force 4), la mer d’Irlande nous gâte.
Encore 40 miles pour rejoindre Belfast, où plus précisément Bangor, quelques miles avant. Nous arrivons à 9 heures du soir, au milieu d’une régate. Même Hervé, fin régatier, est impressionné par la motivation des locaux. La marina, spacieuse, nous réserve un accueil bien confortable : ces anglais ont le sens des convenances. Prestations très supérieures à un équivalent de chez nous pour un tarif bien plus modique. Nous y passons 3 nuits. Hervé et Dom nous quitte, alors que Angelo nous rejoint, plus motivé que jamais.
ECOSSE
Après un départ matinal et une belle journée de nav, nous déboulons en fin d’après-midi à Gigha.
Gigha est une petite île peu élevée mais offrant un mouillage bien protégé sur sa côte est : Druimyeon bay. Nous y passons deux nuits, très tranquille. Puis embouquons le Sound qui sépare Islay de Jura. Le projet d’escale « technique » devant la distillerie de Bunnahabhain, à la sortie du chenal, tombe à l’eau pour cause d’un vent fort et rafaleux arrosé d’une copieuse averse. Le décors devient franchement montagneux et extrêmement sauvage. Enfin !
Jura - Nous nous glissons tout au fond du loch Tarbert. Après quelques rétrécissements où le courant nous entraîne dans une course presque folle, ZERO termine sa glissade sur son élan dans un immense port naturel. L’impression de mouiller sur un lac d’altitude est saisissante.
Nous y passons 2 jours. Une marche en montagne sur un sol moussu et spongieux nous permet d’approcher de nombreux cerfs peu farouches. Au retour sur la plage, nous remplissons des seaux de bigorneaux, de moules et de praires alors que des phoques pataugent ou somnolent béatement alentour. Le ciel anthracite déchiré de temps à autres par un violent rayon de soleil ajoute encore à la dimension presque mystique de ce décors de début du monde. Somptueux !



Images de Loch Tarbert - Jura
Mais l’appel de la route rugit à nouveau. C’est donc reparti pour longue journée jusqu’à Fort Williams, à l’entrée du canal Calédonien. Alternance d’averses et d’éclats de soleil. La routine, quoi !
Fort williams est une paisible petite ville situé au pied du Ben Nevis, le point culminant du royaume uni, dont le sommet s’obstinera à rester voilé en notre présence.
Le lendemain, nous attaquons les formalités d’entrée un peu tard et nous ne passons que quelques écluses. Le mouillage au bord du canal joignant la mer au Loch Locchy est bucolique et charmant. Barbecue pour le dîner.
Avec Angélo, nous parcourons le premier Loch à vélo (environ 30 km) pour retrouver ZERO à la première écluse.
La suite est ponctuée par le rituel des passages d’écluses. Le dernier Loch, Ness de son petit nom, ne présente pas un intérêt démesuré. Nous mouillons au pied de Urqhhart Casttle, avec 20 mètres de fond à une encablure du rivage.

Canal calédonien

Loch Ness
Nous sortons dans le mer du Nord à Inverness et, dés le lendemain, nous remontons la côte Est des highland.
Mouillage à Sinclair’s bay, profonde et bien protégée du vent de Sud-Ouest.. Au petit matin, Angelo, utilisant son fameux anglais latino, nous négocie avec force gestes auprès d ‘un pécheur, parlant lui un idiome étrange, probablement de l’écossais, un approvisionnement en homards et crabes, que nous dégustons goulûment le soir même.
Les Iles du Nord
Un mouillage dans les Orkney (Orcades) à Sandbay. Ces îles, essentiellement agricoles, sont décevantes, du moins, pour ce que nous en avons vu.
Fair Isle à mi-distance des Orkney et des Shetlands est une escale hautement recommandable. Montagneuse, tapissée de bruyère pourpre, c’est aussi une escale pour de nombreux oiseaux migrateurs dans leur route vers le sud. Nous nous incrustons sur un petit ponton, dans une crique sur la côte Est. La côte Ouest n’est qu’une immense falaise abrupte et sombre. Ce territoire est un repère d’oiseaux et nous passons l’après-midi à observer macareux, guillemots, fous de bassan, skuas, sternes, ...

Fair Isle
Encore 50 miles pour rejoindre Lerwick, Shetlands où nous retrouvons IMRAM, le bateau de Peter Gallinelli (l’architecte de ZER0). Petit port granitique, havre pour quelques bateaux de voyages, nous y séjournons quelques jours. Le lendemain, FREDOYA, le voilier en Alu de nos potes de Valence, débarque, totalement inattendu. Nous les pensions aux Feroe. Retrouver ici nos deux bateaux référent est une divine surprise. Etonnant, non !
A couple avec Fredoya - Lewick (Shetlands)
Johanne et Lionel nous rejoignent aujourd’hui pour la dernière étape vers Bergen.
A suivre ...
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